Essai d’un workflow de monitoring 3D en direct sur le tournage d’un film de danse
Manchester, Royaume-Uni - jeudi 27 août 2026 - Avec « Unchained », Didier Paradis a utilisé un rig 3D stéréoscopique compact, construit autour de la Blackmagic PYXIS 12K et d’un monitoring 3D en direct, pour tester la profondeur, la convergence et la chorégraphie alors que les artistes étaient toujours sur le plateau.
« Unchained » est un film de danse de quatre minutes explorant la violence faite aux femmes, tourné en une seule journée avec une équipe de bénévoles. Dès sa conception, le film avait également pour objectif de démontrer la faisabilité d’un workflow stéréoscopique à haute fréquence d’images, compact et indépendant, en dehors d’une production d’envergure. La danse a été choisie précisément en raison de sa vitesse et de son intensité physique et ce, afin de pousser au maximum le workflow.
Didier Paradis s’intéresse depuis longtemps au cinéma stéréoscopique à haute fréquence d’images. Avec « Unchained », un film de danse de quatre minutes chorégraphié par Eva Guillotin et réalisé par neuf danseuses, il disposait d’un projet à échelle réduite pour explorer le monitoring en plateau. La danse constituait un terrain d’essai idéal grâce à son rythme soutenu et à sa forte dimension physique.
Dans de nombreux workflows stéréoscopiques, les problèmes de créativité et de confort ne deviennent totalement apparents que lorsque les images de l’œil gauche et de l’œil droit sont correctement visualisées ensemble. Paradis voulait éviter de reléguer ce processus à une date ultérieure.
« Nous aurions pu tout filmer et découvrir plus tard si cela fonctionnait », explique Paradis. « Cependant, pour ce projet, il était important de prendre des décisions pendant que les danseuses étaient toujours là. »
Le film suit une femme tentant d’échapper à une relation abusive et a été capturé en 8K et 60 im/s à l’aide d’un rig stéréoscopique compact construit autour de la Blackmagic PYXIS 12K.
Paradis constate que la danse a rendu le test particulièrement utile : « Les danseuses traversent constamment le cadre, tendent les bras vers la caméra et modifient sans cesse leur distance par rapport à l’objectif. C’était le meilleur moyen de vérifier si notre approche du monitoring fonctionnait comme prévu. »
« Pour moi, la caméra n’est qu’une partie de l’équation », poursuit-il. « Que l’on filme en VR180 avec un système immersif dédié ou avec un rig stéréoscopique traditionnel, il arrive toujours un moment où il faut comprendre précisément ce que produit l’image 3D sur le plateau. C’est exactement ce que je voulais tester. »

Conception du rig
Paradis avait d’abord envisagé d’utiliser les caméras cinéma plus imposantes qu’il possédait déjà. Mais une fois installées côte à côte, les objectifs se retrouvaient trop éloignés l’un de l’autre. « Avec des boîtiers plus volumineux, la distance interaxiale devenait trop conséquente », explique Paradis. « Je ne voulais pas utiliser un rig à miroir pour ce projet. Ça aurait complexifié tout le tournage. »
La PYXIS 12K a offert à Paradis une alternative. Grâce à son boîtier compact, il est possible d’installer les deux caméras de la paire stéréoscopique côte à côte dans un rig relativement léger.
Paradis a également développé une application de contrôle personnalisée à partir de l’API Blackmagic Design. Relié au rig via un réseau local, ce système permettait de synchroniser les réglages d’ouverture, d’ISO et de balance des blancs sur les deux caméras. « Elles se comportaient ainsi beaucoup plus comme un système unique », reprend Paradis. « Sur un tournage comme celui-ci, cela nous a fait gagner du temps et nous a permis d’éviter certaines erreurs. »
Ne disposant que d’une seule journée sur le lieu du tournage, toute la préparation a été réalisée à distance entre Paris, Tours et Bordeaux. Guillotin envoyait des vidéos des répétitions depuis son téléphone, tandis qu’Éric Soulas composait la musique originale.
Monitoring en 3D
Le dispositif de monitoring stéréoscopique a pris forme après la rencontre de Didier Paradis avec Takeshi Hiramatsu, de Sony, lors du festival Courant 3D à Angoulême. Celui-ci y présentait le Sony Spatial Reality Display ELF-SR2, un écran 3D 4K HDR sans lunettes. En découvrant « Unchained », il a proposé d’apporter l’écran sur le tournage.
« Sur un moniteur classique, je pouvais contrôler la mise au point, l’exposition et le cadrage », explique Paradis. « Par contre, je ne pouvais pas juger correctement la profondeur : savoir si une main avançait suffisamment vers la caméra, si une danseuse était trop proche ou trop éloigné, ou encore si la convergence donnait le résultat attendu. »

Hiramatsu a installé l’écran Sony sur le plateau, où il est resté en service toute la journée comme référence principale pour visualiser l’image stéréoscopique combinée en direct. Un HyperDeck Shuttle 4K Pro y était relié, permettant à Paradis et Guillotin de revoir presque instantanément les prises en 3D entre deux plans.
Entre les prises, Guillotin pouvait ainsi se placer aux côtés de Paradis devant l’écran pour revoir la chorégraphie en 3D. « Eva pouvait immédiatement vérifier si la position des danseuses fonctionnait bien dans la profondeur », poursuit Paradis. « Nous ne parlions plus seulement du mouvement. Nous pouvions réellement l’observer ensemble. »
L’exemple le plus parlant est celui du plan avec la main tendue, une image que Paradis avait imaginée dès le départ. « Sur le plateau, ça paraissait fonctionner », dit-il. « Mais sur l’affichage 3D, la main n’était pas suffisamment en avant, et il fallait plus de lumière. Nous avons donc déplacé la danseuse, ajusté la caméra, puis refait la prise. »
Le moniteur a également changé sa perception d’un plan en plongée montrant la danseuse assise sur une chaise. « En 2D, cela semblait assez simple », dit-il. « En stéréoscopie, il y a une séparation plus marquée. La danseuse apparaissait encore plus seule dans l’image. »
Présentation en festival
Une fois la post achevée dans DaVinci Resolve Studio, Paradis a présenté « Unchained » à des étudiants du conservatoire de danse de Chartres au moyen d’un casque de réalité virtuelle. Il souhaitait surtout recueillir des retours techniques, mais les premières réactions ont surtout porté sur le sujet du film.
« Les étudiants ont été très touchés. Le sujet les a vraiment frappés », dit Paradis.
Certains ont davantage réagi aux gros plans, d’autres aux plans larges, mais la scène de la main tendue a été comprise par tous. Plusieurs étudiants ont également souligné que l’histoire n’enferme pas l’héroïne. En effet, elle parvient à s’échapper et à trouver du soutien.
« Unchained » est désormais projeté au festival Courant 3D d’Angoulême, là même où le projet est né. Paradis prépare déjà un nouveau projet avec le conservatoire de Chartres, plusieurs danseurs ayant manifesté leur souhait de participer à cette prochaine aventure.
